| Interview de Jocelyne Béroard -13/06/06 |
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| 18-06-2006 | ||||
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![]() Kribich.com : Bonjour Jocelyne. Tu étais au Grand Méchant Zouk (GMZ) ce week-end, qu'en as-tu pensé? Jocelyne Béroard : Bonjour, Kribich. C’était bien, paraît-il. J’étais heureuse depuis les répétitions de rencontrer les amis qui font le même métier que moi. On est souvent par ci ou par là, c’est l’occasion d’être ensemble. D'une manière générale, le GMZ est une vitrine. Les artistes de talent de chez nous, connus ou moins connus du grand public s'y produisent en partageant une grande scène en live. Il n’est pas toujours facile d’organiser son concert en live, faute souvent de sponsors, de moyens. C’est donc une belle occasion pour tous. Ce concert permet aussi de montrer à notre communauté que nous avons vraiment des artistes de valeur. Lors des précédents GMZ, tous les artistes restaient en scène, et chacun n’interprétait qu’un titre. Celui de cette année était, à mon avis, un peu trop long. Il a duré quatre heures mais je pense que cela n'a pas dérangé les gens. En revanche, le fait de faire des concerts aussi longs rend le public plus exigeant, il prend l’habitude de concerts à rallonge et rouspète donc quand ils sont plus courts (rire).En tous cas, le principal est le bonheur d'être sur scène avec les amis artistes et de voir les gens s'amuser. ![]() Kribich : Tu es très attachée à tes racines, à ta culture; c'est ton combat que d'honorer tout cela? Jocelyne B : Oui, parce qu’il s’agit de notre survie, de notre existence dans ce monde. Il y a encore dans notre communauté, un tas de choses à guérir, nous n’aimons toujours pas qui nous sommes, les valeurs qui nous composent, nous sommes souvent de manière inconsciente à nous auto-détruire. Valoriser ma culture permet à celui qui s’y reconnaît d’être fier de ce qu’il est. Dans nos mentalités, le créole, par exemple, est encore pour beaucoup de gens un peu vulgaire, ce n'est pas une langue qui permet de s'exporter… C'est bien faux ! Kassav a prouvé le contraire. Avec le zouk, nous avons fait voyager le créole autour du monde. En France, les gens ont de plus en plus de mots ou expressions créoles dans leur parler de tous les jours. Je me fais un devoir de défendre notre belle langue, en la sublimant. Ecrire en créole m’oblige à chercher les tournures, les mots, en restant le plus possible dans l’imaginaire créole. Je me pose toujours la question suivante : est ce une traduction littérale du français, ou une phrase à essence créole comme le parlent les vieux de chez nous ? C’est une superbe langue, il est urgent de lui redonner toute sa force, toute sa valeur. Notre vocabulaire s’appauvrit, car on créolise facilement un mot français sans faire l’effort d’aller plus loin. Peu de gens font l’effort d’apprendre à l’écrire correctement, ce n’est pas important. Pire, aujourd’hui on ne chante quasiment qu’en français…. Que deviendra notre langue ? Déjà qu’avec la télé, les enfants au pays parlent comme si ils étaient nés à Paris… Je trouve dommage que nous perdions nos accents, car nous perdons en même temps nos sensations, nos tournures, nos expressions, notre expression. Nous deviendrons doucement des gens d’ailleurs, nous nous fondrons dans la masse pour disparaître sans nous en rendre compte si il n’y a pas un sursaut. Il serait dommage de perdre notre héritage culturel. Par contre, tout n’est pas perdu, Raphaël Confiant par exemple, a proposé un dictionnaire de néologismes créole, ou des mots nouveaux sont construits en respectant la logique du créole. On est libre d'y adhérer ou non, il ne fait que proposer. En tous cas, je trouve cette démarche très positive. C'est à nous de défendre notre culture! Personne ne le fera pour nous. En fait nous vivons comme si le passé n’était pas important. On entend souvent : "Il faut arrêter de regarder derrière, avançons." Mais comment avancer sans base? Alors, on attend toujours l’aval de l’autre. C'est également le cas pour la date du 10 mai choisie pour célébrer la mémoire de l'esclavage. Nous avions déjà notre date : le 23 Mai, je ne vois pas pourquoi on a changé la date à laquelle nous honorions déjà nos aïeux à Paris. Quand j'entends que l’essentiel est d’avoir une date, je me dis qu’on s’en fout finalement. |
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| Dernière mise à jour : ( 08-09-2006 ) | ||||
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