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Interview de Guy Deslauriers, réalisateur martiniquais Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
29-06-2006

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Mr GUY DESLAURIERS, le réalisateur des films BIGUINE et LE PASSAGE DU MILIEU nous fait part d' un témoignage très intéressant sur les difficultés de faire un film qui traite de notre culture

Kribich : Vous avez réalisé des documentaires, des courts métrages et longs métrages.Quelles ont été à chaque fois vos motivations ? 

Guy Deslauriers : Je puise mon inspiration de la nécessité que nous avons  de bâtir quelque chose pour faire émerger une culture, faire exister une conscience.
Notre problème à nous, populations d’Outre-Mer, est que nous avons derrière nous un néant car

nous ne sommes pas conscients de là où nous venons. Nous n’avons pas mis en lumière ce qui vient de notre passé.
Il est important et urgent pour nous de le faire.Il est urgent de prendre conscience de ce vers quoi on veut aller vu le rythme où évoluent les choses. Il y a une accélération du monde, une imbrication des cultures. Et de ce fait, les cultures les moins solides vont se diluer dans les autres. Nous devons donc faire émerger notre culture et nous en servir pour résister.


Kribich : Quelles difficultés avez-vous rencontré dans votre carrière cinématographique ?
 

Guy Deslauriers
: J’ai débuté en tant qu’assistant sur le tournage du film « La rue Cases-Nègres » réalisé par Euzhan Palcy. Ce film m’a mis le pied à l’étriller. Puis les producteurs du film m’ont permis d’enchaîner sur d’autres productions. En tant que technicien du cinéma, je n’ai donc pas eu de difficultés.

Les difficultés ont commencé lorsque je suis moi-même devenu réalisateur. Les financements sont très difficiles à obtenir. Nous sommes différents et dès lors que nous voulons mettre en avant nos différences, le système français ne nous fait pas de place. Cela fait quinze ans que je suis réalisateur et quinze ans que je le vérifie à chaque production. 
Même une fois les financements trouvés et le film réalisé, il n’est pas diffusé sur les chaînes françaises. « Passage du milieu», par exemple, existe depuis cinq ans et n’est jamais passé sur une chaîne française. ARTE a le projet en main depuis six mois et n’a toujours pas pris une décision… .
J’arrive à jongler avec tout ça, tirer le meilleur profit de ce système. Et puis, j’essaie de trouver des débouchés à l’extérieur pour faire mes œuvres vivre et aussi trouver une partie des financements nécessaires pour en créer de nouvelles. 

Kribich : Aux Etats-Unis, votre film «Passage du milieu » a connu un énorme succès et est projeté chaque année alors qu’il est inconnu du grand public français. Comment expliquez-vous cette différence d’approche de l’esclavage entre la France et les Etats-Unis ?
 

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Guy Deslauriers
: Oui, il a connu un énorme succès aux Etats-Unis. J’ai été appelé à Los Angeles pour superviser la version américaine. Les acteurs sont différents. Le rôle du narrateur est joué par Djimon Hounsou (acteur principal d’Amistad).
Là-bas, l’approche est différente car l’histoire est différente, ils l’assument. 

En France, par contre, c’est un film qui fait peur aux responsables des chaînes publiques car ils le trouvent vraiment trop près de la vérité et trop violent. Je ne le trouve pas plus violent que les films diffusés sur les chaînes en semaine et le week-end mais il y a une violence par les mots et l’authenticité du récit …Il y a en France une certaine peur de la réalité. 

Kribich : La place du cinéma antillais dans les médias français est quasi-inexistante.
Ce 19 juin 2006, le Ministre du Tourisme, Léon Bertrand, a organisé un déjeuner informel d’échanges de vue avec Patrick de Carolis (accompagné de différents responsables de France Télévisions) et la commission culture du Collectifdom. Des engagements ont été pris, notamment la diffusion du documentaire d’Euzhan Palcy les « dissidents » prévue pour France 5 , RFO et France 3- la diffusion de votre film « Biguine » sur RFO et la sensibilisation de France 3 par François Guilbeau.
Vous avez assisté à cette réunion. Quel est votre sentiment par rapport à ces engagements ?
 

Guy Deslauriers
: Je n’en pense pas grand-chose.
Le problème est que lors de cette réunion, j’ai entendu monsieur de Carolis dire la même chose que ses prédécesseurs ont répétée pendant des années, c'est à dire qu'ils sont conscients qu’il y a un problème, qu’ils sont conscients de la situation et qu’ils y travaillent.
Je ne parle pas de leurs engagements à mettre plus de noirs à la télévision (journalistes, présentateurs de météo), j’appelle cela le décorum.
Quand je parle de situation qui ne change pas, je parle de productions, des œuvres qui sont des documentaires, des courts et longs métrages.
Je précise que je ne demande pas qu’on parle de l’esclavage avec un regard extérieur. De temps en temps, pour se donner bonne conscience et pour nous endormir, ils traitent un sujet sur l’Outre-Mer ou sur l’Afrique car ils font l’amalgame entre les deux. Donc ils traitent, par exemple, de l’excision, qu’ils font réaliser par un de leurs réalisateurs maison et un de leurs scénaristes maison. De ce fait, ils apportent leur regard.
Ce que je veux, c’est que nous apportions notre propre regard, un regard de l’intérieur. 

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Quant au fait que François Guilbeau se soit engagé à programmer mon film « Biguine » sur  RFO, je considère que cela n’a aucun intérêt et cela pour deux raisons :  

-RFO n’a pas de budget pour payer décemment les programmes. Ils payent un film à un réalisateur 2000 euros alors que certaines productions africaines sont payées 3, 4, 5 fois plus que cela et encore, c’est mal payé.Donc je trouve les tarifs proposés par RFO indécents.

 -d’autre part, combien de personnes voient un film ou un documentaire diffusé sur RFO ou France O. Cette dernière chaîne est payante alors qu’elle devrait être gratuite. 

Maintenant, qu’on me dise que mon film sera diffusé sur France 3, je trouve cela intéressant mais j’y croirai quand je recevrai un courrier de France 3 me disant qu’ils ont décidé de diffuser le film. Pour l’instant, je n’y crois pas. 
Je suis content que le film d’Euzhan soit programmé sur  France 3 mais je déplore quand même le fait que cette chaîne ne prenne pas de risque. Elle récupère les films faits dans la douleur, une fois qu’ils ont fonctionné. Elle les récupère donc à moindre coup pour  les diffuser. Je ne peux pas trouver cela normal. Pourquoi France 3 n’a pas produit « dissident » alors que je suis sûr qu’Euzhan le leur a proposé ? 

Kribich : Parlez nous de vos projets ?

Guy Deslauriers
: On a en projet le film Aliker. C’est une histoire vraie.
André Aliker, gérant du journal martiniquais « justice », a été assassiné dans les années 30. Il avait dénoncé des corruptions du plus grand béké (colon) de la Martinique.
On espère tourner en fin d’année.

Kribich : -Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes caribéens ?
 

Guy Deslauriers
: Essayez de ne pas vous perdre dans cette mode qu’est la mondialisation. Restez très conscients de ce que vous êtes, de vos origines, et si vous n’avez pas les éléments, allez les chercher.
Parce que les banlieues qui s’enflamment, les bandes qui se tapent les unes sur les autres révèlent un certain malaise très fortement lié à la méconnaissance de ce que l’on est et aussi de ce que l’on est capables de faire.

Donc j’ai envie de dire aux jeunes de ne pas se laisser aller dans cette mode qui consiste juste à vivre mais au contraire d’être plus attentifs à eux même et de penser davantage à l’avenir.


Kribich : Merci, Guy Deslauriers.

Guy deslauriers : De rien.


Filmographie :


1987 : Quiproquo
court Métrage

1989 : Les Oubliés de la liberté
Fiction de 40 minutes

1992 : Sorciers
Documentaire de 52 minutes

1993 : L’exil du Roi Béhanzin
Long-métrage de 90 minutes

1995 : Raphaël Elizé
Court-métrage de 6 minutes

Edouard Glissant-1 siècle d’écrivain
Documentaire de 52 minutes

2000 : Passage du milieu
Long métrage documentaire
Fiction, de 90 minutes

2004 : Biguine
Long métrage de 90 mn
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written by Invité on 25.2.07

j'ai adoree ce film, pour moi c était trop cout, mais bon.

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Dernière mise à jour : ( 12-12-2006 )
 
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