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Mylène Wagram : comédienne, actrice, conteuse, metteuse en scène Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-10-2006
Index de l'article
Mylène Wagram : comédienne, actrice, conteuse, metteuse en scène
Page 2
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Son parcours

FORMATION / STAGES
Cours d’Art Dramatique : Studio Luc Charpentier (Alambic Théâtre) – Université ParisVIII
Danse : Moderne et Afro-caraïbe Chant: Variété Langues: Anglais - Allemand - Créole
Stages professionnels : Kathakali - Master Class Pygmalion - Philippe Adrien - Daniel Mesguich


CINEMA
- Africa Paradis de Sylvestre Amoussou
- Zouk-Mariage de Wélélé réalisation J.A. Laou
- Antilles sur Seine de Pascal Légitimus 

TELEVISION 

La Kiné réalisation. Aline ISSERMAN FR2
Les cinq dernières minutes réalisation. J.M. SEBAN FR2
Sang va.. réalisation. Nicolas MAGNE ( Moyen métrage)
Le pari de Bintou et Foreign Body réalisation K. JOHNSON
Sous L’orage réalisation T. HALLAWOUI
Un seul être vous manque.. réalisation D. VALCROZE 
 

   Interview du 13 septembre 2006 

Kribich.com : Parles nous de ton parcours et d’où te vient ta passion pour le théatre ?  


Mylène Wagram
: Il y a très longtemps que je voulais être comédienne mais je ne le disais pas.
Je pense que j’aime le théâtre parce que j’aime les livres et les mots. Ce qui me plait est l’idée de pouvoir faire vivre des histoires, de les incarner.

Très tôt, j’ai demandé à mes parents à partir en Angleterre faire une école un peu comme « Fame » : suivre ma scolarité et en parallèle, jouer d’un instrument, apprendre à danser, faire du théâtre, etc. Ma mère m’en a dissuadé, je la comprends et je l’en remercie maintenant. Donc j’ai suivi un cursus scolaire, classe prépa, Hypokhâgne, Khâgne.

Pendant ce temps, j’ai démarré avec le théâtre noir , mon père était mon complice. Et un jour, j’ai invité ma mère à venir me voir jouer le spectacle « Gouverneur de la Rosée ». Après m’avoir vue, elle m’a dit : « Bon, mais si tu le fais, fais le bien ! »

En parallèle, je prenais des cours pour être professeur d’art dramatique.

 

 

 Kribich : Depuis combien de temps est-tu dans le milieu et quels sont tes domaines de prédilection (le théâtre, le cinéma, l’animation, …) 

Mylène W : Je suis dans le milieu depuis 15-16 ans. Je fais du théâtre, du cinéma. Je fais également de la transmission, c'est-à-dire du social. Je fais cela une à deux fois dans l’année. J’ai travaillé avec des groupes de réinsertion (groupes de chômeurs, d’alcooliques, de femmes battues,…). Il y a, dans ces groupes, une perte de confiance en soi, une perte de goût à la vie. Des ateliers théâtre sont souvent organisés, c’est à ce niveau que j’interviens.
J’ai travaillé avec des adolescents de la sauvegarde. Ce sont des jeunes antiscolaires âgés de 15 à 25 ans, qui ont fait de la prison pour certains. Le théâtre apparaît alors comme une thérapie. J’ai, entre autres, travaillé avec « Banlieue bleue ».

Ce sont des actions extrêmement importantes car, en tant qu’adulte,  je me sens responsable de la jeunesse de cette société. Cela demande une disponibilité, de l’énergie, de la patience mais aussi de la passion, de l’humilité et de l’abnégation. Je trouve ça génial !

J’anime aussi des ateliers d’écriture avec des personnes blessées. Dans mon travail, il n’y a pas de complaisance dans le malheur, je les considère comme des personnes « capables de » ; donc elles travaillent comme d’autres et font d’ailleurs de très belles choses.

Pourtant, je n’ai pas de préférence parmi tous ces domaines. Je ne fonctionne pas en terme de préférence mais en terme de diversité, j’en ai besoin. Tout tourne autour de la même chose et tout est en tout. Par exemple, quand je travaille en atelier avec les jeunes et qu’ensuite je travaille avec un metteur en scène, je me sers de ce que j’ai pu vivre en faisant faire pour à mon tour faire.

J’aime mon métier, le fait de me sentir aimée, reconnue, c’est merveilleux de voir un public qui a aimé un spectacle. Mon cœur se gonfle car j’ai donné quelque chose et que j’ai juste été un vecteur.

Mais c’est un métier, il a un prix comme tout. Je fais aussi des choses que je n’aime pas. Je dois, malgré la fatigue, tout de même assurer une représentation. Je trouve important de dire les choses vraiment tel qu’elles sont. Cela ne sert à rien de faire croire que tout est drôle tous les jours. Même parmi les stars, il y en  qui deviennent folles, qui sont immatures,… . 


Kribich : Quelles difficultés as-tu rencontré en tant que femme noire?

Mylène W
: Déjà en tant que femme car il y a plus de rôles masculins que de rôles féminins.

D’autre part en tant que noire.

 Parfois, on m’appelle parce que je suis noire ou au contraire, on ne me prend pas pour un rôle justement pour cette raison. Mais on avance doucement, j’ai confiance en l’évolution : on arrivera à une égalité. On finira par voir une femme comme une femme et pas comme une femme noire. On arrivera à une sorte d’évidence, de constat.

Le combat réside dans le fait de faire (des spectacles, des films, des pièces). Il nous faut créer des lobbying et convaincre les gens d’investir…et c’est en train de se faire. Il y a de l’argent en Afrique, aux Antilles. S’il n’y a pas de possibilité en France, je vais ailleurs, là où il y a du travail.

Kribich.com : Que penses-tu de la discrimination positive ? 

Mylène W  : J’ai un problème avec le terme parce qu’il est antinomique. La discrimination s’inscrit, dans le jugement. Elle ne peut pas être positive. C’est sournois, ce qui est pire que l’hypocrisie. La sournoiserie se fait par-dessous, comme l’hypocrisie mais il y a aussi de la perversité.

Par exemple, je suis  médecin donc j’intéresse la France, mais quand j’ai besoin de qualification, on me renvoie dans mon pays.

Donc moi, cette sournoiserie, je n’en veux pas.

On est dans cette espèce de chose sociale où l’on met des mots : tu n’es plus balayeuse mais technicienne de surface, c’est la même chose pour « minorités visibles », mais il faut qu’on arrête car on met des couches sur des couches, on met des pansements au lieu de mettre la plaie à vif et de tout faire pour qu’elle cicatrise mais à vif.


Kribich : Parmi les acteurs antillais, peu sont connus (Pascal Légitimus, Jacques Martial, Firmine Richard,…). Comment expliques-tu que malgré le fait que beaucoup ont du talent, on n’en parle pas ?
 
Mylène W : J’ai compris que dans le système, il fallait être « bankable » (rentable) et que si on ne l’est pas, on ne nous fait pas travailler. Mais comment peut-on devenir « bankable » si on ne commence pas à travailler, c’est une sorte de cercle vicieux.
Alors est ce que c’est un système qui décide de ne pas nous mettre en avant et ne pas nous médiatiser ? C’est possible, parce qu’en dehors de Pascal Légitimus, de Jacques Martial ou de Firmine Richard,... il y a d’autres acteurs antillais qui font de belles choses.

Je pense que ça vient du système, des médias.
Harry Roselmack a été médiatisé mais c’est pathétique parce qu’il a été présenté comme le noir qui présente le journal télévisé. On met en avant ce qui devrait être normalement en arrière et c’est encore nous prendre pour des couillons, des tèbès...


Dernière mise à jour : ( 19-10-2006 )
 
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