| François Durpaire : Ecrivain, Professeur d'Université, membre fondateur de l'IDNF |
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| 22-11-2006 | ||
Kribich : Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ? François Durpaire : J’enseigne l’histoire nord-américaine à l’université de Paris 1. J’ai d’abord fait une thèse sur le rôle des Etats-Unis dans la décolonisation de l’Afrique noire francophone. Elle est publié chez L’Harmattan : Les Etats-Unis ont-ils décolonisé l’Afrique noire francophone ? Il s’agit d’une vision tricontinentale de la question coloniale. Ensuite, je me suis intéressé à la question des minorités, à la fois en Amérique et en France. J’ai participé à la création fin 2005 de l’Institut des Diasporas Noires Francophones.
Kribich : Et qu’est ce qui t'a motivé à créer ce groupe ?
F.D. : En Angleterre, il y a ce qu’on appelle les « Cultural Studies » desquelles sont sorties, par exemple, les « Caribbean Studies » (les Etudes caribéennes). En France, cela n’existe pas encore. Il y a des gens qui travaillent sur le sujet, mais ils sont isolés. Comme le dit justement Christiane Taubira, « Nous sommes nombreux à être seuls ». Il faut en prendre conscience. A part à l’université Antilles-Guyane, il n’y a pas de départements structurés d’études caribéennes dans les universités françaises, même s’il existe des chercheurs dynamiques. L’universalisme français est le cache-sexe du néocolonialisme. Cela va toujours dans le même sens. On a baptisé l’université de la Réunion « Université Européenne de l’Océan Indien » tandis que la place laissée aux chercheurs réunionnais, antillais, guyanais dans les universités franco-françaises est quasi nulle… Tous sont obligés de chercher ailleurs les opportunités d’emploi : en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis… Savez-vous que UCLA, la prestigieuse université californienne, a crée un département intitulé « Indian Ocean World Studies » ? Il serait temps de créer en France un observatoire des sociétés caribéennes et de l’Océan indien. On étudie la flore, la faune, le climat, les volcans… Pourquoi pas les êtres humains ? La vocation de l’IDNF est de mettre en réseau les chercheurs qui travaillent sur ces problématiques, de se rencontrer, d’organiser des colloques, de produire des articles, en un mot : de penser ensemble.
A l’époque de la Loi Taubira de 2001, j’avais écrit un ouvrage (préfacé par Christiane Taubira), que j’avais intitulé Nos ancêtres ne sont pas les Gaulois (CNDP/Hachette éducation). L’objectif était de montrer comment on peut enseigner l’histoire de l’esclavage à l’école, à quel niveau on peut l’enseigner, de quelle manière et pourquoi c’est important d’enseigner cette histoire.
Par exemple, dans les années 1920, des mouvements politiques réunissaient des Antillais et des Africains. Ils n’appartenaient pourtant pas aux mêmes classes sociales. La plupart des Africains étaient des tirailleurs démobilisés, des ouvriers, des marins. Or, les Antillais à Paris étaient pour la plupart des bourgeois : médecins, avocats etc. Cependant, leur point commun était l’oppression dont ils étaient les victimes. Considérés comme subalternes, les mulâtres antillais découvraient que pour les Blancs qui les tutoyaient, ils étaient noirs… Puis, dans les années 1930, le mouvement est devenu moins politique et plus culturel avec le mouvement de la négritude autour de Senghor et surtout de Césaire. Ensuite, pendant les années 1950, la conscience de couleur a disparu, au profit d’autres types d’identification. Par exemple, des revendications nationalistes qui se sont cristallisées autour des indépendances. Pendant cette période, le combat n’est plus un combat des « Noirs au sein de la République Française » pour réclamer l’égalité mais un combat pour arracher l’égalité, contre la France. Pour les Antillais, les Guyanais et les Réunionnais, il y a eu, en 1946, la départementalisation, dont on a célébré le soixantième anniversaire dans la plus grande discrétion. N’était-ce pas parce que derrière, il n’y avait rien ? Il a fallu se battre et arracher les acquis sociaux les uns après les autres. Quand les migrants sont arrivés en France, après les indépendances en Afrique (1960) et le Bumidom (1963) pour les Antillais, les associations qui se sont constituées reproduisaient les identités constituées dans les territoires d’origine. Aujourd’hui, deux phénomènes se conjuguent. Il y a une forte population noire en France (12%, le même chiffre qu’aux Etats-Unis) et la constitution d’associations qui entendent lutter contre les discriminations dont les populations antillaises et africaines font l’objet, comme le Collectif DOM, le CRAN et AFRICAGORA. De cette alchimie, pourrait naître une nouvelle étape…
J’explique dans mon ouvrage qu’on est à un moment clé de cette histoire. Tout en conservant les différences d’approches, y a-t-il des points sur lesquels on peut se retrouver ? Au lieu de se diviser sur les différences idéologiques, est-il possible de constituer en France un mouvement des droits civiques, capable de définir des actions communes ? Si la Marche du 23 Mai 1998 a eu un tel succès, c’est qu’à un moment, tout le monde s’est dit : « Malgré nos différences, on marche ensemble », dans tous les sens du terme… C’est aussi le message de France blanche, Colère noire. Je tiens à remercier Jack Exily, illustrateur martiniquais, pour le beau dessin en couverture de l’ouvrage.
F.D. : Ce n’est pas « mon » institut. C’est un collectif. L’équipe d’organisation est d’une quinzaine de personnes. Et autour d’eux, des gens viennent s’ajouter et participer à leur niveau, selon leur disponibilité : cela peut aller de la participation à un colloque, à nos réunions etc. Bientôt, nous ouvrons un cyber-colloque consacré aux populations caribéennes (www.diasporasnoires.com). Le but est que les chercheurs qui sont dans les Caraïbes, en Europe ou en Amérique du Nord puissent dialoguer. Le net rend possible cette trans-continentalité.
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| Dernière mise à jour : ( 23-11-2006 ) | ||
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